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A propos de l'art contemporain

Getting their hands dirty (detail)

Déclaration d’intention...

En matière artistique, depuis de nombreuses années, l’adjectif « contemporain » suscite débats et polémiques : s’applique-t-il à tout « ce qui est dans le même temps » ou est-il réservé à « ce qui fait avancer l’art » ? Aujourd’hui, le discours dominant n’accorde le label « contemporain » qu’à des œuvres se pliant à un certain nombre de règles non écrites, édictées de manière consensuelle par des technocrates et des managers culturels non praticiens, pour des raisons qui leur sont propres. Ce discours s’est progressivement mué en idéologie.

N’en déplaise aux sectateurs de ce nouveau credo, nous avons du mal à faire nôtre un tel discours dominant et déterminant. De quel droit impose-t-il le contexte, les hiérarchies et les limites de la production artistique d’aujourd’hui ? De quelle autorité se prévaut-il pour orienter la vision critique actuelle ? Sur quels critères se fonde-t-il pour exclure un certain nombre de matériaux de fabrication de l’œuvre jugés par lui surannés ? Pour estampiller une œuvre contemporaine, les décideurs culturels semblent prendre en considération uniquement ce avec quoi elle est faite – ou plutôt ce avec quoi, d’après eux, elle ne devrait pas être faite.

Que de fois en effet l’artiste qui avoue faire, par exemple, de la peinture sur toile ou de la sculpture sur bois se voit-il opposer une fin de non recevoir par un fonctionnaire d’une institution culturelle avant même de pouvoir exposer son projet. Au royaume de l’art contemporain, le sens ou le message de l’œuvre semble secondaire quand il s’agit de mesurer sa valeur. Et ne parlons pas de l’aspect « esthétique » d’un travail, on aurait l’impression de dire une grossièreté…

L’art contemporain octroie souvent à l’objet le statut de fétiche. En témoignent ces innombrables « installations » centrées autour d’un objet infusé d’histoire : le tampon usagé, la brique en provenance de tel ou tel mur, la photo déchirée dans une boîte en carton, le moniteur télévisuel qui repasse en boucle l’électricité statique de l’univers… Le public est invité à ne surtout pas apprécier ces objets au premier degré mais à réfléchir à ce qu’ils représentent. Par cette brèche s’écoule alors un flot d’explications qui arrachent le spectateur au monde de la sensation pour le transférer dans celui du discours. Dès lors, l’œuvre n’existe plus qu’à travers la représentation qu’en donne le verbe. Et pourtant, les installateurs affirment que leur travail n’est pas un art de représentation. Pas non plus un art d’admiration de l’objet. Alors il nous vient une question toute simple : c’est quoi donc ?

Certes, l’un des problèmes majeurs de l’art aujourd’hui réside dans la difficulté à comprendre le monde qui se structure sous nos yeux, à saisir les nouveaux partages qui se dessinent dans différents domaines. Mais nous refusons de patauger dans la complaisance, voire le cynisme, qui rend chaque proposition artistique plus creuse que la précédente et d’autant plus inexistante qu’elle est portée par une justification verbale – et verbeuse – plus structurée. Si nous le faisions, nous aurions alors le sentiment d’être à la fois victimes et complices du processus visant à éliminer toute œuvre ne se prêtant pas à un tel charabia intellectuel.

Nous voulons élever le débat sur l’art contemporain à un niveau où il sera possible, sans passer pour hérétique, de ne pas adhérer à une proposition qui, par exemple, déclare exaltantes des rayures situées à 8,7 cm les unes des autres.

À la fin des années 60, Marshall Macluhan constatait que « le médium est le message ». Nous voulons croire que le message de l’œuvre d’art pourra se situer ailleurs que dans les seuls matériaux employés pour la produire. Nous affirmons que nous avons quelque chose à construire, indépendamment du médium employé pour le faire. Et que, pour lutter contre une surenchère de vacuité dans l’art et dans la société en général, nous avons un devoir de recherche de sens.

Nous constatons que les amateurs qui achètent les œuvres des artistes non reconnus par le discours dominant fonctionnent à l’émotion, à la passion, parlent volontiers de coup de foudre. Nous revendiquons cette émotion et proposons une expression qui n’a pas honte de rire, de pleurer, de se mettre en colère. Nous allons jusqu’à affirmer que l’art a le droit d’être beau.

Lassés des chapelles, écoles, cénacles, et tendances, refusant jugements à l’emporte-pièce et classifications a priori, nous voulons promouvoir un art ouvert à toutes les expressions, à tous les supports, à toutes les concrétisations, pourvu qu’il soit habité par une envie vraie de communiquer et de susciter réflexions et réactions.

Nous nous inscrivons dans la perspective d’une expression artistique durable, en-dehors des courants versatiles de la tendance. La seule urgence qui dicte notre démarche, c’est celle de communiquer avec un vrai public, capable tout à la fois de penser et de sentir.

Bruce Clarke

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